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Jonzac

France, Charente-Maritime
Fell june 13, 1819
Achondrite, eucrite
Total mass : about 5 kg

Specimen in collection :
10.85 grams fragment with crust

 

 

L.-B. Fleuriau de Bellevue, “Mémoire sur les pierres météoriques et notamment sur celles tombées près de Jonzac, au mois de juin 1819», Journal de Physique, de chimie, 1821

Lu à l’Académie le 26 juin 1820

Les habitants de sept communes du département de la Charente inférieure furent témoins, l’an dernier, d’un phénomène qui est toujours fort extraordinaire quoiqu’il se manifeste de temps à autre dans diverses contrées. Des pierres tombèrent de l’atmosphère, elles présentèrent de nouveaux caractères, qui me parurent propres à jeter quelque jour sur les nombreux mystères de ce genre de phénomène ; j’ai cru en conséquence qu’il fallait les décrire et les considérer sous divers rapports.

Le 13 juin, à six heures moins un quart du matin, le ciel étant très-serein et sans nuages, il tomba dans l’arrondissement de Jonzac une grêle de pierres à la suite de trois détonations. On entendit d’abord un coup d’une force moyenne, mais très-sec, ensuite un long roulement avec des craquements et comme un bruit de mousqueterie, qui dura une minute et demie ou deux, et se termina par deux détonations, coup sur coup, dont la dernière fut d’une extrême violence.

Cette chute eut lieu dans les communes d’Archiac, de Saint-Eugène, de Moingts, de Saint-Martial près Jonzac, d’Allas-Champagne, de Brie, et de Saint-Ciers-Champagne. L’espace sur lequel ces pierres se sont disséminées forme une sorte de triangle dont le grand côté a plus de six mille toises de longueur du nord-est au sud-ouest, et le moindre, près de 4000 du nord au sud.

Le sifflement que leur chute occasionna dans l’air fut entendu de plusieurs personnes ; des ouvriers qui se trouvaient près d’un arbre reconnurent même que ces pierres venaient de le mutiler.

La plus grosse d’entre elles pèse six livres, d’autres quatre, et la plupart sont petites. Les unes et les autres sont tombées à peu près également au nord comme au sud. Le lendemain on en trouva une qui avoit fait un trou dans la terre et semblait avoir brûlé l’herbe qui l’entourait.

La dernière détonation retentit, avec tant de force qu’on l’entendit à Marennes, à Blaye, et jusqu’à 20 lieues de distance près de Niort. On crut à Angoulème et à Mauzé que le magasin à poudre de Saint-Jean-d’Angély venait encore de sauter.

Plusieurs personnes aperçurent un météore lumineux aussitôt après la première détonation. Il était irrégulier dans son contour, et avait parfois la forme d’un rectangle allongé; c’était, disait un paysan, comme deux draps blancs mis bout à bout. Son éclat était faible, mais il était entouré de fumée ; et le soleil étant déjà levé depuis près de deux heures, en diminuait l’impression. Sa couleur était d’un blanc un peu grisâtre.

Il parut d’abord dans le N.-N.-O., et marchait avec une rapidité surprenante vers le S.-S.-E. Il était élevé de 50 à 60 degrés au-dessus de l’horizon au moment de la première détonation, et se dissipa en fumée après avoir atteint le zénith où se firent les deux dernières explosions.

Deux de ces pierres ont été remises à M. le baron de Lachadenède, préfet du département. L’une d’elles, dont il a fait présent au cabinet d’Histoire naturelle de la Rochelle, et dont je donne ici le dessin, pl. 1re,  fig. 1 et 2, est tombée à Saint-Martial près Jonzac : elle pèse quatre livres, et présente à peu près la forme d’un cône surbaissé, dont la base irrégulièrement convexe a six pouces de diamètre.

J’ai vu huit de ces pierres; toutes sont de même nature et absolument distinctes, quant à leur aspect et à leur contexture, des minéraux connus de notre globe: elles sont essentiellement semblables aux météorites, aérolithes, ou météorolithes tombées dans d’autres pays : elles diffèrent cependant de la plupart par des dispositions particulières qu’il est important de remarquer.

Leur pesanteur spécifique (prise sur deux d’entre elles, du poids d’une demi-livre, et qui diffèrent sensiblement dans la grosseur de leurs grains) s’est trouvée de 3,120 et de 3,126; quantité bien inférieure au poids commun des autres météorites qui est de 3,200 à 4,300.

Toutes sont en fragments, dont les faces sont inégales et les arrêtes tantôt vives, tantôt arrondies. Aucune des faces n’est complètement plane; plusieurs montrent ces enfoncements alvéolaires qu’on a déjà remarqués sur d’autres météorites. En général leurs configurations, très-irrégulières, ne semblent d’abord que l’effet du hazard ; cependant nous verrons que la plupart se rapportent à certaines formes déterminées, et nous en ferons connaître la cause à la fin de ce Mémoire.

Ces pierres sont couvertes d’une croûte d’un sixième de ligne ou environ d’épaisseur, qui a l’apparence d’un vernis noir très luisant, mais qui se compose de deux couches en quelque sorte; l’une inférieure, d’un brun noirâtre, qui est poreuse, matte, opaque et qui diffère peu de la croute des autres météorites, et l’autre superficielle, ne formant qu’un vernis vitreux, semblable au verre à bouteille enfumé, et si transparent qu’on voit la pierre au travers quand la couche inférieure manque.

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